La rééducation périnéo-sphinctérienne

Quelques statistiques...

L'incontinence urinaire est un problème de santé publique : 56% des femmes en seraient atteintes, dont 49% avant 40 ans.

C'est souvent le 1er accouchement qui génère un fort affaiblissement du périnée et plus de 40% des femmes ont des atteintes du sphincter anal lors de celui-ci, sans lésions ni déchirures apparentes.

Par ailleurs, 13% des jeunes filles de 16 à 18 ans, qui n'ont jamais été enceintes, ont des fuites lorsqu'elles font du sport, dont 6% qui doivent mettre une protection adaptées. Ce taux pouvant d'ailleurs atteindre 60% chez les grandes sportives.

Selon le laboratoire TENA, 3,5 millions de femmes seraient incontinentes.

Qu'est ce que le périnée ? A quoi sert-il ?

Le périnée ou plancher musculaire pelvien est un ensemble complexe de muscles qui ferment la partie inférieure du bassin dans sa partie la plus déclive.

Il est formé de 2 couches de muscles :

- une couche superficielle de muscles fibreux et allongés (dont le sphincter de l'urètre et de l'anus),

- une couche profonde de muscles larges, épais et puissants : le "diaphragme pelvien".

Le tout est stabilisé en son centre par le noyau fibreux central qui se situe entre le vagin en avant et l'anus en arrière.

Le plancher pelvien assure les fonctions de miction, défécation et continence. Il est également impliqué dans la fonction sexuelle et est directement lié à la fonction reproductive.

Il assure également une fonction de soutien des viscères du petit bassin, tel un hamac musculaire. 

C'est également un "lieu de passage", une "porte" d'entrée et de sortie qui laisse entrer le pénis de l'homme et sortie le bébé lors de l'accouchement.

Pourquoi rééduquer son périnée ?

Tout d'abord, le temps qui passe un facteur inévitable d'altération de la qualité des tissus.

Dans la vie de tous les jours, nous sollicitons notre périnée des dizaines de fois : port de charges, éternuements, toux, cris, pratique d'un sport (course, saut, danse, marche rapide...), vêtements trop serrés, poussée lors de la miction ou de la défécation...

Suite à une grossesse et un accouchement, le périnée peut avoir subi divers traumatismes aggravés par certains facteurs : prise de poids importante, accouchement rapide, gros bébé, mauvaise position foetale ou urgence vitale foetale ou maternelle, qui conduisent à instrumentaliser l'accouchement (forceps, ventouse, spatules) et qui induisent des déchirures plus ou moins profondes, voire une épisiotomie. 

Toutes ces sollicitations au cours de la vie peuvent mener à des pathologies graves (décrites ci-dessous) si la rééducation n'a pas été réalisée.

Les 3 types de dysfonctionnements du petit bassin

  1. les pathologies de continence : difficulté ou impossibilité de retenir les urines (incontinence urinaire d'effort, urgenturie) ou les selles (incontinence anale) ou au contraire, les retenir exagérément (rétention urinaire, constipation terminale) ; 

  2. les prolapsus ou "descentes d'organes" : les viscères du petite bassin (vessie, vagin, utérus et rectum) perdent leur disposition d'origine et se dirigent vers les orifices, à cause du relâchement ou de la détérioration de ses moyens de fixation  ; 

  3. la désorganisation entre les sensations et les réponses motrices réflexes de différents viscères.

Le but de la rééducation 

Il est évidemment de renforcer la tonicité des différents muscles du périnée, afin de prévenir ou traiter l'apparition de pathologies périnéales​.

C'est l'occasion de prendre ou reprendre conscience de son périnée, mais également de son corps. Car les troubles de la statique pelvienne viennent souvent de déséquilibres de la statique globale

Ainsi, la rééducation que je vous propose se veut globale, dite "thoraco-abdomino-pelvienne".

Les méthodes de rééducation 

​Le choix de la ou des méthodes qui correspondent à votre situation se fait suite à un questionnaire détaillé, lors de la 1ère consultation du "bilan périnéal".

  • La méthode corporelle globale et posturale

Comme vu précédemment, la rééducation du périnée débute par un ajustement du corps dans sa globalité.

ll s'agit également, de retrouver une "juste" posture, afin d'acquérir un meilleur équilibre corporel et donc un meilleur équilibre pelvien. Une étude de la respiration permet également d'harmoniser le diaphragme thoracique et le diaphragme pelvien.

Le travail des pressions thoraco-abdominales à l'effort (PTAE) permettra également d'apprendre à moins solliciter son plancher pelvien dans la vie quotidienne.

  • La rééducation manuelle 

Il s'agit de faire travailler les différents muscles du périnée avec des exercices qui sont évalués par le toucher vaginal.

Le toucher vaginal permet de guider la patiente sur les zones précise à travailler, d'évaluer la force de contraction, l'évolution de la récupération et d'émettre des résistances à la contraction.

  • La connaissance et maitrise du périnée (CMP)

C'est une méthode "d'éducation périnéale" qui utilise la visualisation comme outil de travail, afin de travailler un seul muscle à la fois.

Elle est très efficace pour aider la patiente à se repérer dans son propre corps et ainsi cibler le bon muscle.

Elle ne nécessite pas systématiquement d'assistance manuelle, sauf pour le bilan et l'évaluation du travail musculaire au fur et à mesure des consultations.

  • Le biofeedback​

Cette méthode nécessite une sonde vaginale ou anale reliée à un écran.

Il s'agit de contracter le périnée (après apprentissage) en suivant des consignes illustrées par un schéma  sur l'écran que vous observez.  Cette technique permet une bonne maitrise de la contraction par une évaluation visuelle de votre part. Elle permet aussi de travailler dans des situations fonctionnelles, notamment avec des exercices associant des efforts pour entrainer le verrouillage périnéal à l’effort.

  • L'électrostimulation​

Cette méthode nécessite également une sonde vaginale ou anale qui va envoyer un courant électrique non douloureux, réglé selon votre ressenti, qui permet de renforcer les muscles du périnée en déclenchant une contraction bien perceptible (intérêt d’apprentissage également), et/ou de réguler une activité inadaptée du muscle de la vessie (hyperactivité vésicale).

Il existe différents types de programmes correspondant à chaque pathologie.

  • Méthodes complémentaires

Au cours de votre rééducation, j'utiliserai également d'autres outils tels que : la bûche d'eutonie, la gymnastique hypopressive, le swiss ball, l'élastique, la relaxation...

IMPORTANT : Les séances de travail au cabinet durent 20 minutes.

Afin d'obtenir le résultat attendu, il convient bien évidemment de poursuivre ce travail à la maison, en reproduisant régulièrement les exercices vus ensemble.